J'ai passé le week-end du 1er mai à Paris pour assister à un stage organisé par l'association Barbedor. Leur invitée était Monica Dengo, une calligraphe italienne de renommée internationale.
Le thème du stage était "Carnets d'artistes, le geste humain ". Je suis cette artiste sur la toile depuis longtemps et je suis touchée par l'énergie à la fois brute et maîtrisée de ses graphismes, par leur harmonie et leur énergie, par la justesse des équilibres vide/plein et par leur puissance élégante.
Nous avons commencé par nous interroger sur la graphie manuscrite versus l'imprimé, soit la main, le geste d'un tracé unique versus la machine qui copie en de nombreux exemplaires un écrit. La machine reproduit quand la main trace, produit un écrit unique dans le temps et l'espace. Comment la calligraphie se positionne-t-elle par rapport à cette dialectique ? Y a-t-il une pratique alternative, qui rend compte du geste humain de manière plus intime que la calligraphie ? Qui quitte le lisible tout en étant porteur de signification et le résultat d'une réflexion esthétique ? De là nous avons exploré la dimension lisible/illisible de l'écriture manuelle quand écrire ne se donne pas pour but la lisibilité et que des champs graphiques s'offrent à la main.
Nous avons utilisé des outils scripteurs en recherchant leurs possibilités de production de traces : le pinceau plat puis un outil que nous avons choisi. J'ai utilisé un petit colapen triangulaire de ma fabrication. J'ai créé un répertoire de traces puis j'ai sélectionné celles dont la forme évoquaient des lettres J'ai modifié ma façon de tenir l'outil, j'ai l'ai pris par le bout de son manche, en lâchant ainsi une part relative de maîtrise sur l'outil. Les traces, lignes et traits ainsi produits ont été en partie conduits par mes intentions auxquelles se sont mêlés le poids, le pivot, des résistances aléatoires...d'un outil moins soumis que d'habitude. Après la réalisation d'un alphabet, j'ai écrit quelques mots puis un haïku de Basho dont je n'ai gardé qu'un mot, "grenouille". Je savais que je voudrais poser mes lignes personnelles, mes cheminements. La grenouille se déplace, les longues jambes sont des traits brisés, sa langue se projette en une ligne droite et les formes de ses lettres contiennent à la fois la droite, l'oblique et le cercle, soit les traits de base de notre alphabet latin. Monica nous a donné comme consigne d'écrire notre mot en cercle, les lettres étaient là mais non lisibles d'emblée. Et puis on a introduit de la couleur, j'ai utilisé de la gouache dorée, et je me suis laissée aller au plaisir de la trace, de la calligraphie abstraite, du contour, de la matière, des effets de présence, des collisions. Trois livrets sont cousus sur une bande de papier de couverture à quatre plats avec donc des ouvertures de pages qui se superposent. Chaque feuilletage du livre est un parcours unique plus ou moins aléatoire.
Monica a présenté nos livres en volumes en coinçant les pages dans les plis, comme des sculptures de papier.
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| le colophon du livre |


