mercredi 16 mai 2012

Une expérience de transmission.

Enseigner des recettes précises qui donnent un résultat pratiquement défini à l'avance est une question de technique, de préparation, de savoir-faire. Mais ma pratique est bien loin de cela. A partir de notions techniques d'ordre physique, je développe une démarche de recherche et d'expérimentation, je joue avec l'imprévu, l'accident, sans chercher à prévoir précisément toujours où cela va me conduire. Si la part de hasard dans le processus est bien présente, la conscience permanente de règles de compositions, les connaissances théoriques sur les propriétés physiques en œuvre et l'expérience acquise par la pratique apportent une maîtrise relative et l'imprévu devient alors fécond. Cela suppose juste une attention de chaque instant durant tout le processus, pour opérer des sélections et des choix, pour capturer l'instant où le petit supplément d'âme pointe son nez et le faire grandir. Ma capacité à faire ces choix est personnelle, elle est nourrie de ma pratique, de mes observations, de l'écoute de mes sensations propres, de mes goûts esthétiques, de mon projet émotionnel du moment...et  échappe en partie à ma conscience.
 Cette démarche est-elle alors transmissible ? Que transmettre ? Comment faire passer un contenu qui relève essentiellement de la perception ? J'ai pour la première fois accédé à une demande d'enseignement, et vous en voyez le résultat. Nadia était face à moi demandeuse, motivée, confiante et prête à expérimenter. Elle s'est saisie de mes propositions et assez rapidement a écouté sa sensibilité propre. Et au bout, pour chacune, un sentiment de satisfaction.


Ci-dessus : les six fonds obtenus par Nadia.
Ci-dessous, le leporello (en cours de réalisation) de Nadia.



6 commentaires:

  1. Que tout cela est beau! Tant la peinture que les mots qui la racontent!

    RépondreSupprimer
  2. Ne te pose plus de question, c'est de l'évidence! Dommage que cela soit si loin.....

    RépondreSupprimer
  3. Ne s'agit-il pas dans ce cas de la transmission d'un peu plus qu'un savoir... un savoir-faire, un savoir-être, un savoir-essayer, un savoir-oser... Ca n'est pas comparable...

    RépondreSupprimer
  4. Tout à fait d'accord. En fait l'emploi du mot savoir-faire est à la fois un début stylistique et une touche d'humour personnel que tu es particulièrement à même de comprendre. Plus sérieusement, c'est une conception d'enseignement à la Montaigne : "L'élève n'est pas un vase qu'on remplit, mais un feu qu'on allume."

    RépondreSupprimer
  5. Je me pose souvent cette question quand je travaille la composition avec mes élèves collégiens. Qu'est-ce qui relève de ma sensibilité propre et jusqu'où puis-je interférer dans leurs propositions ? Un débat très riche mais qu'il est toujours intéressant d'aborder. Cela dit, je rêverais d'être à la place de tes élèves.

    RépondreSupprimer
  6. Tu poses la question de l'évaluation de la composition de qq'un d'autre. On peut se poser qq questions ouvertes :
    _Intuitivement, est-ce que cela fonctionne ?
    _Y a-t-il des choix de composition, la composition est-elle pensée ?
    _La composition est-elle dynamique ?
    _ Le regard du spectateur est-il conduit ?
    _entrée/ sortie ?
    _Egalité des parties (à éviter) ou déséquilibre dynamique qui se rééquilibre ?
    _Régle des trois tiers employée ?
    _Diagonale lyrique ou négative ?
    _Les choix effectués sont-ils lisibles, assumés ou timorés ?
    _Quelles sont les libertés, les distances prises avec les règles classiques de composition ?

    Répondre à ces questions donne une idée relative sur la composition, peut éclairer un ressenti mais au bout c'est toujours une question de subjectivité personnelle mais aussi de culture.

    RépondreSupprimer